Laudatio du Prix Jean Dumur 2017

Camille Krafft journaliste au Matin Dimanche

C'est un honneur et surtout un plaisir de tresser tes louanges, chère Camille.

Saches tout d'abord que nous n'avons suivi aucun règlement, aucune procédure formelle pour t'attribuer ce prix Dumur 2017. Cette attribution se veut un témoignage d'estime confraternelle décidé en toute liberté. Un choix subjectif donc, un coup de cœur. Il nous a quand même fallu quatre tours de scrutin pour se mettre  d'accord...

Et pourquoi toi, alors, cette année ?

Celles et ceux qui aiment te lire - ils sont nombreux, car tu as une plume, Camille ! -  tes lecteurs savent bien pourquoi... Tu as toujours pratiqué un journal isme curieux, solide, sensible et bien écrit... Sur la durée, tu réponds donc à l'esprit Dumur : recherche têtue de la vérité, droiture, indépendance farouche, élégance et clarté de l'expression.

Et l'année dernière, tu as marqué les esprits avec ton investissement personnel dans l'accueil d'une famille de réfugiés irakiens et le récit que tu en as tiré pour Le Matin Dimanche.

Sept pages ! Un cahier à toi toute seule ! Voilà qui fait un bien fou, à l'heure du tout tout de suite et écrit court, s'il vous plaît - merci Tweeter, merci 20 Minutes !

Mais écrire long, cela se mérite. Il faut vraiment avoir quelque chose d'exceptionnel à raconter et savoir le raconter. Ces qualités, tu les possèdes, Camille. Ta rédactrice en chef Ariane Dayer t'a d'ailleurs laissé récidiver cette année avec un autre format long consacré à ton enquête en profondeur sur l'énigme Jaussi et la terrible chute de son projet de satellites bon marché qui devaient s'envoler de Payerne.

Tu as aussi tes marottes, tes sujets valise, ceux qu'on transporte toute une carrière. Et avec toi ça ne rigole pas  - (nous ne sommes pas là pour rigoler, n'en déplaise à ceux qui se croient informés en regardant tous les jours Yann Barthès ou de Cyril Hanouna - je ferme la parenthèse) - non avec toi, c'est du sérieux : tu traites notamment depuis des années de la problématique de l'amiante ou de la sexualité des prêtres et de la pédophilie au sein de l'Eglise catholique.

Avec toi, Camille, c'est « moins vite, plus loin ,, ! Comme je n'ai pas l'habitude de plagier - même par négligence - je cite ma source : tu l'as connais, elle t'appartient : « Moins vite, plus loin ! ,,, c'est le slogan du magazine Ithaque que tu as participé à lancer en 2011. Cinq superbes numéros de sujets tout en profondeur, tout  en  lenteur...

Ce projet est désormais en suspens... mais il te résume bien : ton goût de l'écriture et de l'approfondissement t'a poussé à t'investir bénévolement dans cette aventure, en plus des deux jobs principaux que tu mènes de front : celui de maman - tu as deux petits garçons avec ton concubin Guillaume qui est aussi journaliste.

Et évidemment ton poste à 70% au Matin Dimanche.  Onze ans que tu y travailles, après trois ans passés à la locale de 24 Heures où tu as fait tes armes. Ton arrivée dans le métier dit aussi bien ton caractère : modeste, curieuse et tenace !

La modestie tout d'abord : tu me l'a confié, tu ne savais pas trop quoi faire au sortir de tes études de lettres - avec le russe par passion et l'espagnol parce que c'est utile. Tu as tenté une formation d'enseignante... Te voyant désorientée, ton père médecin a eu l'idée  de te présenter un de ses patients... et c'était un certain Alain Walther !

La curiosité : tu as tenté des piges le week-end à 24 Heures... et c'est « le déclic ,,, comme tu dis. Alain Walther sera ton maître de stage et surtout un modèle comme tu le décris : « il se revendiquait localier, il adorait le terrain et discutait avec plein de gens en prenant le temps de les écouter ,,.

Prendre le temps, la ténacité... c'est resté ta marque de fabrique. Tu as ce talent pour t'immerger sans te perdre dans les sujets les plus compliqués. Et, avec ton sourire, ta convivialité, tu sais faire parler les autres, les mettre en confiance, quitte à les manger tout crûs ensuite !

Oui, c'est ça, Camille Krafft a tout de la douceur féminine, mais c'est une fausse gentille, une vraie « pétroleuse ,, qui ne s'en laisse pas conter. Ses employeurs en savent quelque chose, elle a la fibre syndicaliste, elle sait montrer les griffes quand il s'agit de défendre ses conditions de travail et celles des autres.

Alors, souhaitons que ce Prix Dumur renforce encore la combativité et la ténacité de Camille Kraft. Et à travers elle, souhaitons longue vie au temps long et profond du journal isme. En cette période dure et troublée pour notre métier, nous avons besoin plus que jamai s de pétroleuses du calibre de Camille. Bravo à toi !

Lausanne le 3 octobre 2017, Ludovic Rocchi