Laudatio du Prix Jean Dumur 2005

Anna Lietti, Le Temps

Hommage à Anna Lietti, lauréate du Prix Jean-Dumur 2005

Qu'est-ce qui fait qu'Anna Lietti force tant l'admiration, non seulement de ses confrères et consoeurs, mais de toute une galaxie de lecteurs fidèles ? Jusqu'ici, les Amis de Jean Dumur ont récompensédes enquêteurs, des baroudeurs, des localiers, des persifleurs. Jamais encore des chroniqueurs. Et pourtant, cela fait belle lurette qu'Anna Lietti remplit les principales exigences du Prix jean-Dumur  : indépendance d'esprit, murage et talent.
Le talent
Le talent, elle semble née avec... comme diraient les Vaudois. On ne lui connaît pas d'enfance ou de jeunesse dans le méter. Ceux qui s'en souviennent disent qu'elle a ê:é bonne dès le premier jour. Avec ce triptyque qui tient en trois mots : tempérament, plume et regard.
Un regard qui semble si naïf qu'on en oublie qu'il est celui d'une  professionnelle aguerrie. Anna pose - ou se pose - toujours la bonne question. Celle à laquelle personne ne songeait mais qui paraît si  évidene une fois posée.
Et puis elle possède une capacité exceptionnelle de s'étonner au quotidien. Ce goût pour l'anecdotique étigé en technique professionnelle : partir du détail minuscule ou périphérique pour noug:iuvrir les yeux sur le grand et l'essentiel.
Aux Etats-Unis, où le journalisme est enseignécomme une science, ce genre de démarche est dâ:::ortiqué, analysé, éri en méthode. Ici, il faut simplement espérer que l'instinct copieur des journalistes en herbe saura imiter ce talent à défautde le renouveler.
Anna Lietti ne maîtris e pas que le regard, mais aussi le verbe. C'est un orfèvre de la langue. .Elle cisèle chaque mot. En cela, on pourrait dire qu'elle fait Eco (écho) à Umberto. Mais c'est un mauvais jeu de mots, je vous le concède.
Si elle éait musicienne, elle serait une spéciaiste du contrepoint. Exemple : Quand Le Matin lance le débatsur l'abandon de Sarkozy par sa femme, Anna Lietti, elle, s'interroge autrement : Comment une femme, une pro, peut-elle abandonner ... non pas Sarko, mais son job de cheffe de cabinet...
On n'a toujours pas la réponse.
L'indépendance
Au  chapitre  indépendance d'esprit,  elle  a  plus  de  leçons  à donner  qu'à  recevoir.  Les stagiaires qui ont passé entre ses mains en savent quelque chose. Grâce à son petit côt é pion. Tous ceux qui ont subi ses taloches ou bénéfitéde ses accessits recormaissent qu'ils avaient affaire à un grand maître.    • ··
Anna Lietti pense à contre-courant. Elle aime vérifor les idéesen les soumettant à tous les contresens. Elle ne craint jamais de déplaireet se laisse peu influencer.
A quoi reconnaît-on qu'elle n'est pas française ? Au fait qu'elle n'aime pas débattre pour le seul plaisir de débatre. Elle s'inscrit bien sûr parfaitement dans la lignéedes éltes. Mais l'intellectuelle qu'elle est se veut plutôt orien tée pratique et concret.
Le courage
Par les temps qui courent, nager ainsi à contre-courant exige aussi du courage, un goût immodéré pour les rerffies en cause, les vérfications et la rigueur de l'exactitude.
Le politiquement correct ou le main stream - comme on dit en français - ce n'est pas son  truc.  On  le  perçoit  dans  ses  chroniques  d'aujourd'hui,  mais  cela  transparaît davantage encore dans ses textes datant de ses vies professionnelles antérieures
Car Anna Lietti n'est pas seulement chroniqueuse, el le est aussi une journalistes chevronnée et accomplie qui a accompagné la naissance de L'Hebdo, puis celle du Nouveau   Quotidien.
Curieusement, son talent ne s'est jamais accompagné d'un goût pour les responsabilités accrues. Gérer, administrer, organiser, mener des troupes ne lui sied pas. Son caractère individualiste s'est  révléincompatible  avec  l'esprit d'équipe.
Malgré son exposition médiatique, elle est restée plutôt secrète. Cela explique peut-â:re qu'on sache très peu de chose d'elle. Les confidences ? Très peu pour elle. Même les archives du Matin ne contiennent aucun  portrait intimiste d'Anna.
Alors, de deux choses l'une :
C'est peut-être la preuve qu'on peut être intelligente, avoir de grands yeux noirs et revendiquer un autre statut que Lauriane Gillièron.
Ou alors, c'est que Le Matin, à force de fréquenter les pourceaux d'Epicure, ne repère plus les perles.
Et pourtant... savoir qu'elle cuisine aussi bien qu'elle édt n'est pas anodin. Pas plus que sa passion pour le bi-,voire le trilinguisme qui a au moins profité à son fil lequel- dit -on- parle couramment le français, l'italien et l'anglais.

Quand elle était petite, elle voulait faire du théâtre. Elle avait d'ailleurs déjàles attributs des plus grandes, à savoir la mêmetaille que Vivian Leigh dans Autant en emporte le vent.

Finalement, Le Temps l'a emportésur le vent. .. pour notre plus grand plaisir de lecteurs. Merci Anna.