Laudatio du Prix Jean Dumur 2002

Jacques Houriet

Distinguer un journaliste  comme Jacques Houriet, c'est répondre à un instinct de survie. Malraux l'aurait dit mieux que moi: le journal  à venir sera local et régional ou ne sera pas. C'est bien sûr exagéré, mais personne ne conteste que l'information de proximité soit un des atouts maîtres des quotidiens.
Et Jacques Houriet, si on devait le ramener à une formule, est un localier pur-sang. Il a sans doute à peu près pratiqué tous les genres, à condition que ça se passe dans le Jura.
Les tribunaux, bien sûr, car c'est là que les grands et petits drames de la vie sont exposés. Et à la manière d'un Maupassant, Houriet sait planter un décor. Porter l'attention au détail tragique révélateur dans les cas graves. Amener la pointe d'humour qui sied aux affaires de siinple police.
La politique, permettez-moi cette touche personnelle, c'est là que je l'ai découvert. Ses portraits des candidats au gouvernement, ily a quatre ans, étaient vivants - et un peu vitriolés -à souhait. Quant à son reportage de la séance où les ministres en place avaient décidé de ne pas s'attaquer mutuellement au 2e tour, iln'aurait pas fait plus désopilant s'il s'était trouvé dans la poche du gilet de Jean-François Roth.
Dans la Torche d'Apollodore -chronique satyrique que le Quotidien (    jurassien a eu le courage de tenir pendant plus de sept ans - Jacques
Houriet s'en est donné à cœur joie. Au point d'égratigner plus d'une fois le respect de la personnalité tel que dicté par nos règles déontologiques, c'est vrai. Mais dans le Jura, Monsieur, on ne critique pas.  On égratigne -même assez méchainment parfois.
Enfin, depuis des années, notre lauréat livre chaque semaine à ses lecteurs l'interview-portrait d'une personne de la région. Dans un canton de 70'000 âmes, ça tient de la gageure. Mais ça s'explique. Car ses portraits, Houriet n'hésite pas à les consacrer aux plus modestes de ses concitoyens. Même à des paumés, à ces gens qui hantent les rédactions, dans une quête désespérée de reconnaissance, de réparation. Jacques Houriet a le don rare, trop rare sans doute,, de les faire parler, de nous les faire découvrir. De leur redonner une forme de dignité.
Mais là sans doute où Jacques Houriet a le plus mérité de la profession, c'est dans son écriture. Sous sa plume, l'événement le plus convenu prend du relief. A témoin son compte-rendu récent de la journée jurassienne à l'expo, pas bien long mais savoureux. Qu'elle in·ite ou qu'elle amuse, la lecture d'Houriet ne peut laisser indifférente. Toujours, elle procure du plaisir. Tant que des plumes comme la sienne marqueront nos journaux, notre raison d'être demeurera évidente. Question de survie, je vous le disais déjà.
Mais un tel talent, pour pouvoir perdurer, a aussi besoin d'une grande liberté. Le jury du Prix Dumur tient à relever le grand mérite des collègues et des patrons de la rédaction du Quotidien jurassien. Ils ont l'intelligence (parfois la patience, sans doute) de laisser "sévir" l'énergumène. Que la plume d'un Houriet puisse s'exprimer dans un quotidien aux moyens aussi modestes que ceux du Quotidien jurassien, c'est un beau témoignage de la vitalité de notre presse. Et surtout, c'est tout bénéfice pour les lecteurs jurassiens.