Prix Jean Dumur 2007

Jean-Claude Péclet , Le Temps

«Le journaliste doit être l'honnête homme d'un monde qui se complexifie»
MeyerTh

PRESSE - Lauréat 2007 du Prix Jean- Dumur, Jean-Claude Péclet explique son enthousiasme renouvelé pour une profession qui doit chercher la plus-value de l'information.

Ce mardi matin, à Lausanne, se tiennent les Assises du journalisme, convoquées à l'instigation d'Impressum, la fédération suisse des journalistes. C'est dans ce cadre que sera remis à Jean-Claude Péclet, 57 ans, le Prix Jean-Dumur 2007. Le chef de la rubrique Economie du quotidien Le Temps s'explique sur les mutations de son métier, qui seront au coeur des débats des assises. Interview.

-  Dans le fond, aujourd'hui, à l'heure d'internet et de l'information instantanée, pourquoi a-t-on encore besoin des journalistes?

-  Le rôle des journalistes est avant tout de donner de la pertinence à l'information, d'assurer une fonction de tri, de plus-value. C'est l'essence de notre métier: nous ne donnons sans doute pas assez de plus-value à nos lecteurs. Rendre compte de rapports, de conférences de presse: fort bien. Mais nous devons veiller à ne pas nous laisser piloter par les «faiseurs d'information» et construire des sujets originaux.

-  Vous qui avez été rédacteur en chef (de L' Hebdo), journaliste politique, journaliste d'enquête, diriez-vous que la profession est plus difficile aujourd'hui qu'il y a dix ans?

-  Elle est plus compliquée, parce que l'attente des lecteurs augmente. Je suis souvent frappé de constater que mes interlocuteurs en savent infiniment plus que moi et que nos lecteurs sont mieux documentés! Mais, parce que le monde s'est complexifié, les gens, tout spécialisés qu'ils peuvent être, ont besoin que quelqu'un joue le rôle de l'honnête homme. Etre journaliste aujourd'hui, c'est arriver, humblement, avec des questions pertinentes, pour décoder des réalités difficiles à appréhender. Je garde dans ma bibliothèque l'excellent ouvrage de Bernard Béguin, Journaliste, qui t'a fait roi? Cette question reste d'actualité! Nous sommes encore trop souvent dans un réflexe de caste, dans un esprit qui fleure bon les années de guerre froide. Nous devons dépasser nos propres biais pour mieux restituer le monde.

-  Que signifie ce prix pour vous?

-  Chacun a son ego, mais pour moi, c'est d'abord intéressant de voir que ce prix est décerné à un journaliste économique, une spécialité en plein devenir. Je suis l'exemple même de celui qui s'est formé sur le tas et sur le tard: en 2002, personne ne voulait rejoindre la rubrique économique du Temps , alors même que le journal compressait ses effectifs! Or ce domaine est passionnant, on y découvre des gens, des entreprises, des activités qui reflètent la diversité humaine. Aujourd'hui, nous cherchons un collaborateur et nous avons plus de vingt postulants... C'est très encourageant!

T. M.

 

 

Société

 

 

 

PRIX JEAN DUMUR. Le chef de la rubrique économique du «Temps» est couronné pour ses innombrables talents.

 

Jean-Claude Péclet, le prix de la rigueur journalistique

 

 

 

 

Jean-Jacques Roth

 

Jean-Claude Péclet aura attendu la vingtième année d'existence du Prix Jean Dumur pour le recevoir. Récompensant le courage, l'esprit d'indépendance et le talent, ce trophée aurait pu depuis longtemps honorer un journaliste qui, à 57 ans, s'est installé au faîte de la corporation par la variété de son expérience, la perspicacité de son regard et son intégrité professionnelle.

 

Chef de la rubrique économique du Temps, après avoir été dans ce journal responsable du service des enquêtes, Jean-Claude Péclet a notamment dirigé la rédaction de L'Hebdo pendant six ans, après avoir travaillé à La Tribune de Lausanne, à 24 heures, et avant de rejoindre Le Nouveau Quotidien, puis enfin Le Temps. Dans son hommage à son ancien collègue, le directeur d'Edipresse Suisse, Théo Bouchat, a évoqué la valeur exemplaire de Jean-Claude Péclet, à la fois «reporter sensible, enquêteur opiniâtre, intervieweur respectueux mais tenace, chroniqueur subtil et plein d'humour, localier capable de situer les enjeux de la cité à la hauteur de ceux de la géopolitique planétaire, éditorialiste engagé et percutant.» Cette louange n'est pas circonstancielle. Pour tous les journalistes romands, et pour ses collègues du Temps en particulier, Jean-Claude Péclet est en effet la rigueur incarnée, l'exigence de précision et d'honnêteté intellectuelle, le souci de passer à l'examen des faits les idées reçues, à commencer par celles dont il pourrait être lui-même victime. C'est encore une intégrité inattaquable, et une capacité d'indignation redoutée, dont les éclats se confondent chez lui avec l'expression de son amour pour le métier, enthousiasme de novice qu'il compare lui-même à celui de Fantasio partant, décoiffé, au contact du monde et de ses aventures sans cesse renouvelées.

 

C'est aujourd'hui l'économie qui fait l'objet de ses passions. Domaine, dit-il, où la presse romande s'est réveillée tard et où des handicaps restent à combler. Evoquant les relations entre journalisme et monde économique, il parle de «rapports de séduction et de force, qui obligent à aiguiser ses compétences». L'admirable est que les siennes, tout orientées vers le partage, et donc la clarté, soient à la fois reconnues par les spécialistes et compréhensibles de tous les lecteurs.

 

Après Daniel-S. Miéville, Frédéric Koller, Alain Campiotti et Anna Lietti, Jean-Claude Péclet est le cinquième journaliste du Temps couronné par le Prix Jean Dumur, créé par ses amis à la mémoire de ce grand journaliste de télévision.

 

La cérémonie s'est déroulée à Lausanne dans le cadre des premières Assises du journalisme romand. Celles-ci ont été ouvertes par le conseiller fédéral Pascal Couchepin, qui a comparé les défis posés au journaliste et au politicien: l'un et l'autre doivent répondre à deux exigences, d'impact et de crédibilité. «Le grand art» étant, selon Pascal Couchepin, de concilier l'une et l'autre, car les hommes politiques, comme les politiciens, ne peuvent être crédibles à long terme «en violant l'éthique et la sincérité».